"Le Soir" du 27 mars 2008 : FREDERIC SOUMOIS
Trois mille diabétologues réunis fourbissent les armes contre l'épidémie qui cache son jeu.
C'est la première fois que le congrès francophone pour l'étude du diabète, qui s'est ouvert ce mercredi pour trois jours, se réunit hors de l'Hexagone. Et si son choix s'est porté sur Bruxelles, c'est, selon les dires du célèbre professeur Serge Halimi, « parce que l'école belge de diabétologie est exemplaire et exporte des équipes de pointe jusqu'en France ».
Ce congrès a lieu en pleine polémique, en France, sur la place à réserver au diabète. De hautes autorités sanitaires hexagonales le classeraient « hors des maladies graves ». Quant à l'opinion selon laquelle « quelqu'un qui a mangé et bu sans réserve toute sa vie ne mérite pas d'être pris totalement en charge par la sécu », elle semble avoir percolé au-delà des comptoirs de bistrot jusqu'à certains cabinets médicaux.
C'est pour cela que les spécialistes réunis à Bruxelles ont été heureux d'entendre la ministre francophone de la Santé Catherine Fonck (CDH) - qui est néphrologue dans le civil - insister sur la nécessité de parler d'une « maladie silencieuse, dont la variante de type II atteint 330.000 Belges, mais dont la moitié l'ignore ». Une conséquence conjointe de la sédentarité, de l'excès pondéral, d'une alimentation moins équilibrée mais aussi du vieillissement de la population. « Un ado sur cinq était obèse en 1997, cinq ans plus tard, un ado sur quatre l'est », insiste la ministre, reconnaissant que le panel de mesures prises, notamment à l'école, pour « manger mieux et bouger plus », n'aura des effets qu'à moyen et long terme.
Ces trois jours verront se succéder les échanges autour de nombreux sujets de recherche, biologique ou clinique, mais aussi de protocoles de soins et d'accompagnement d'une des maladies où les patients, lassés, sont les moins respectueux de traitements parfois très complexes et fréquents. Souvent au prix d'une spectaculaire aggravation d'une maladie dont le feu ne s'éteindra jamais. Pourtant, les progrès sont étonnants, comme l'a montré, en ouverture du congrès, le professeur André Scheen, du CHU du Sart-Tilman à Liège, décrivant magistralement le destin des médicaments antidiabétiques oraux. Un destin qui comprend nécessairement une mise au point, une naissance, le succès, mais parfois aussi les doutes face aux effets secondaires qui débouchent soit vers une interdiction, soit vers une seconde vie, avec des indications parfois plus réduites ou au contraire un vrai renouveau.
« Ce qui est sûr, c'est qu'aucun médicament oral ne peut concurrencer l'insuline », tranche André Scheen, qui montre que les nouvelles molécules sur le marché, malgré leur efficacité, ne peuvent que retarder la défaillance progressive de la cellule béta (celle qui, dans le pancréas, produit de l'insuline lorsque le taux de sucre sanguin est trop élevé). Dans une étude inédite, le professeur André Scheen prouve d'ailleurs la dégradation du nombre de patients qui atteignent les objectifs recherchés. Entre 2001 et 2006, deux études (Ocapi I et II) sur un millier de cas belges montrent que l'on passe de 59 à 37 % seulement de patients qui passent sous la barre des valeurs cibles d'hémoglobine glycquée (le taux de glucose dans le sang).
Or, les traitements ont un effet important, puisque leurs autres indicateurs de santé cardio-vasculaires s'améliorent. Ainsi, on passe de 29 à 52 % de patients qui atteignent les valeurs cibles en cholestérol total, de 43 à 56 % pour le LDL ("bon" cholestérol) et de 19 à 21 % pour la tension artérielle. « Cela signifie que la pharmacopée permet de mieux maîtriser les facteurs de risques, sauf l'indice d'hémoglobine glycquée. Certes, les patients en 2006 avaient un indice de masse corporelle plus élevé et un diabète "plus ancien" mais cela signifie néanmoins que le contrôle glycémique des patients reste un défi », souligne le professeur Scheen.
Qui montre aussi que les stratégies médicales ont péché jusqu'ici par deux voies. « L'une, c'est la course après l'échec, qui fait se succéder régime, puis une molécule, puis une combinaison avant d'arriver à l'insuline comme dernière chance. Nous devrions être plus proactifs. L'autre, c'est d'avoir une vue trop glycocentrique. Le diabète, ce n'est pas seulement une maladie du sucre, elle est au cœur d'un tableau clinique beaucoup plus complet. Le défi est donc de faire naître de nouvelles recommandations de traitement qui tiennent compte de la situation clinique de chaque malade, voire un jour de son patrimoine génétique. Bref, de quitter un traitement type pour établir une médication à la carte. »

